"Jour 634, date ? Je m'en souviens
plus : ça fait longtemps que je m'avais pas écrit. Voilà
presque 2 ans que j'ai quitté la civilisation humaine, j'ai fui la
folie, je sentais que ça commençait avec l'arrivée de ce virus,
les tensions entre les états, le racisme grandissant, les conflits
pour des richesses limitées... Tant de choses que j'ai préféré
fuir en m'exilant avec mon fidèle Boomer, mon brave berger
australien. On en a vu des choses, bien plus belles que dans mes
souvenirs à la télé ou sur l'ordi. Ha mon Boomer, tu te faisais
vieux, tu es bien mieux là où tu es maintenant, j'en suis sûr. A
force de fuir les champignons géants, le bruit des explosions, ça a
dû t'épuiser, tu me laisses bien seul maintenant.
Depuis que la boule de feu géante a
traversé le ciel, que le sol a tremblé malgré le fait qu'elle se
soit écrasée derrière l'horizon, le bruit et les champignons ont
cessé de pousser. Par contre, la chaleur n'a pas arrêté de grimper
ces derniers jours, je sens bien que c'est pas normal...
Bordel, l'être humain se sentait
tellement au-dessus de tout, qu'il en a oublié qu'il n'était rien :
j'ai avancé en direction de l'impact, en haut d'une colline, j'ai vu
une ville en ruines, la guerre ? Le météore ? Le virus ?
J'en sais rien, en tout cas, il n'y a pas l'ombre de la vie ici.
Voilà presque un an que je n'ai pas vu quelqu'un, même de loin, et
je pense que ça n'arrivera plus. A vouloir satisfaire leur ego, les
humains ont oublié ce qui était vraiment important, mais devant ce
spectacle désolant, j'arrive à y voir une certaine beauté :
la nature reprend ses droits, elle s'adapte tellement vite, c'est
beau.
En parlant d'ego, je ne sais même pas
pourquoi j'écris cette lettre, qui va la lire ? J'espère
laisser une trace ? Pour qui ? Mon ego me fait dire que
j'ai été lâche, que j'aurais du rester et essayer de changer le
futur, les mentalités, mais est-ce que c'était seulement possible ?
Est-ce qu'on le méritait vraiment ?
Maintenant que je me sens seul et vide,
que je n'ai plus envie de continuer, que je suis fatigué, je pense
que c'était ma dernière lettre. Mon nom ? Appelez-moi Humain,
après tout je ne suis et ne serai jamais rien de plus, rien de
moins."
Œuvre unique.